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La Courtine 1917
Lumière sur les évènements survenus en 1917

Site de l’association La Courtine 1917 .À la mémoire des 10000 soldats russes de la première brigade internés au camp de La Courtine du 26 juin au 19 septembre 1917 . Ils y furent militairement réprimés , eux qui s’étaient mutinés contre la poursuite de la guerre , exigeant leur rapatriement en Russie révolutionnaire .

Duels entre pacifistes : Jules Fraisseix , Eymoutiers (87 , France)

par Christophe
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Un article de Michel Patinaud

Le courant pacifiste était largement majoritaire dans la gauche limousine dès le début du XX è siècle. Après l’ouverture du conflit en août 1914, les débats contribuèrent à amorcer une fracture idéologique et philosophique qui devait conduire à l’éclatement de la famille socialiste, pourtant récemment unifiée (création de la SFIO en 1906). Les limousins ont fourni des acteurs éminents de ces débats. Parmi eux, le Docteur Jules Fraisseix, futur maire d’Eymoutiers en 1919. Son implication personnelle est assez originale. Si on se contente de lire les histoires du socialisme – tant à l’échelle locale que nationale – on apprendra que les militants SFIO de Hte Vienne furent à la pointe du combat pacifiste dès 1915, pour l’arrêt de la guerre et l’ouverture de négociations. A leur tête, Adrien Pressemane (député) et Paul Faure (directeur du journal Le Populaire du Centre). Une telle position très courageuse, allant contre la majorité du parti rallié à l’Union Sacrée, est plus ambiguë qu’il y paraît. Dans le débat, la position du Dr Fraisseix « simple » conseiller général en 1914, mérite d’être analysée de près. « l’armée (est) une force terrible entre les mains des gouvernements réactionnaires », disait-il. Il joua ainsi le rôle de « poil à gratter » ... des uns et des autres. On peut dire que ce médecin de campagne déjà âgé (42 ans en 1914) est parfaitement représentatif – et ceci bien avant 14 – de cette sensibilité de militants, et d’élus, qui matérialisa son engagement pacifiste dans la question des monuments aux morts, celui de Gentioux étant le plus hautement symbolique. Jules Fraisseix vécut la guerre de loin, car non mobilisé, au contraire de son adversaire politique et confrère, maire d’Eymoutiers, le Dr Pradet. Et pourtant, il fut choqué dans ses convictions dès le début du conflit par un événement qui, bien qu’en apparence anecdotique, n’en est pas moins fondamental dans ses engagements ultérieurs. Je veux parler de la « trahison » de son ami Jules Guesde. Ce dernier, déjà vieux routard de la politique, séjournait à Eymoutiers en juillet 1914, justement chez Fraisseix, et pêchait ... quand un appel téléphonique l’obligea à rejoindre Paris d’urgence. Jean Jaurès venait d’être assassiné. Toutefois, il y eut autre chose, de plus personnel. En effet, Jules Fraisseix n’eut pas de nouvelles de l’autre Jules avant l’entrée de son ami dans le gouvernement d’union nationale de Viviani (un creusois), au titre de la SFIO. Pour le militant pelaud, ce fut une première déchirure, une trahison même, touchant encore plus l’ami que le militant. Ses relations avec Guesde en restèrent toujours affectées. A Limoges aussi, le choix socialiste d’entrer au gouvernement fut vivement contesté. En cela, pas de divergence apparente avec Fraisseix. Mais à y regarder de près, ce qui était clair sur le fond, ne le fut pas du tout sur la forme. Le futur maire d’Eymoutiers reprocha vite à ses amis une attitude ambiguë, autour de deux questions : si vous êtes contre la guerre, pourquoi votez-vous les crédits militaires à la chambre des députés ? Et pourquoi ne vous êtes-vous pas rendus aux réunions des socialistes européens en Suisse (conférence de Kienthal et Zimmerwald) ? « j’en gardai de l’amertume, un doute pénible, je n’étais plus à mon aise avec mes camarades ».
La tourmente passa, et la vie politique reprit. Mais il n’’est pas inutile de rappeler ce que devinrent les protagonistes de ces duels « entre pacifistes ». Jules Fraisseix devint maire SFIO d’Eymoutiers en 1919, sans avoir revu Jules Guesde, mort en 1922. Comme son autre ami, Marcel Cachin, il rejoignit le tout nouveau Parti Communiste Français, le divorce étant ainsi définitivement consommé. Avec Pressemane d’abord – qu’il aimait pourtant beaucoup (mort en 1929) – comme avec Betoule, maire de Limoges (qui votera les pleins pouvoirs à Pétain en 1940) et enfin avec Paul Faure (qui, entre-temps ministre de Léon Blum, devint ensuite conseiller de Laval).

Jules Fraisseix , 1928-1932 : Député de la Haute-Vienne .

Jules FRAISSEIX, lui, ne varia pas. Premier député communiste de la Haute-Vienne (1928), puis sénateur (1946), il n’abandonna jamais son engagement pacifiste, à la fois instinctif et raisonné.Moins de deux ans avant sa mort, en décembre 1950, il prenait encore une initiative forte. Sur une banderole apposée sur la façade de la mairie, on pouvait ainsi lire : « La population d’Eymoutiers dit NON au réarmement allemand ». Le maire fut suspendu un mois. Avait-il eu vent des événements de La Courtine ? La chappe de plomb, la censure ... toujours est-il qu’il n’évoqua jamais publiquement la mutinerie de 1917 dans un quelconque discours. Cela a finalement peu d’importance, ses actes ont parlé clairement. L’histoire de cet homme étant largement mythique, chacun y trouve des raisons de justifier ses propres combats. Etait-il socialiste ou communiste ? patriote ou internationaliste ? Il se définissait lui-même - hérésie au regard de l’orthodoxie marxiste - comme « républicain-démocrate-sentimental ». Je pense moi qu’il fut un humaniste viscéral et un infatiguable rebelle. C’est pour cela que je l’aime.



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Editeur : Payot

Parution : 01/01/1938

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